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04.08.2021

Jolly Mama

Alcool et allaitement : qu’en est-il réellement ?

alcoolallaitementréalité

Lors de la grossesse, de nombreuses femmes réduisent leur consommation d'alcool ou s'en abstiennent. Toutefois, après la naissance de l'enfant, beaucoup de femmes reviennent à des niveaux de consommation d'alcool antérieurs à la grossesse.

La consommation d’alcool pour les mamans allaitantes n’est pas recommandée, mais elle n’est pas complètement interdite pour autant, si elle reste très occasionnelle et en faible quantité. Environ la moitié des femmes allaitantes des pays occidentaux consomment de l’alcool pendant l’allaitement.

Alcool et allaitement : production de lait

L’allaitement maternel est contrôlé par deux hormones, la prolactine et l’ocytocine. La prolactine stimule la production de lait maternel, et l’ocytocine provoque la contraction des cellules musculaires lisses entourant le tissu mammaire, provoquant ainsi l’éjection du lait stocké dans le sein. La consommation d’alcool inhibe le réflexe d’éjection du lait, ce qui entraîne une diminution temporaire de la production de lait[1]. En effet, l’alcool inhibe de manière dose-dépendante l’ocytocine et donc le réflexe d’éjection du lait.

Il a été démontré que l’alcool inhibe dans une certaine mesure la lactation. Une étude a montré que la quantité de lait exprimée était inférieure de 9,3 % en moyenne dans les deux premières heures suivant la consommation d’alcool[2].

Alcool et allaitement : composition du lait

Passage de l’alcool dans le sang puis dans le lait

L’alcool passe librement dans le lait maternel par diffusion, à peu près aux mêmes concentrations que dans le sang maternel. La concentration la plus élevée est observée après 30-60 min, et la concentration diminue linéairement au même rythme que dans le sang maternel (c’est-à-dire environ 15-20 mg/dL/h) en raison de l’équilibre dynamique entre le plasma et le lait maternel[3].

Le métabolite toxique de l’alcool, l’acétaldéhyde, n’est apparemment pas excrété dans le lait, même à des concentrations élevées dans le sang maternel[4].

Des études ont montré qu’une consommation d’alcool de 0,3-0,6 g/kg par la mère (soit 18 à 36g d’alcool pour une femme de 60kg, sachant qu’un verre de 10cL à 12% représente 10g d’alcool pur, cela correspond en moyenne à 3 verres) entraîne une concentration d’alcool dans le lait qui exposerait l’enfant allaité à 0,0016-0,036 g/kg (soit environ 5-6 % de la dose maternelle), si l’enfant est allaité au moment où la concentration d’alcool dans le lait est maximale[5].

L’enfant n’est donc exposé qu’à une fraction de la quantité d’alcool ingérée par la mère[6].

Taux d’alcool ingéré par le bébé allaité

Le taux d’alcool sanguin va varier en fonction de la quantité d’alcool ingéré, du degré alcoolique de la boisson, de sa rapidité d’ingestion, du fait que l’estomac soit rempli ou non et également en fonction de la masse grasse et du poids de la mère.

On peut cependant calculer théoriquement la quantité d’alcool présente dans le lait maternel en calculant la quantité d’alcool présente dans le sang :

Ainsi, pour une femme de 60kg, qui consomme un verre de vin de 10cL titré à 12% d’alcool (ce qui est à peu près équivalent à 25cL de bière titrée à 5%), sachant que la densité de l’alcool pur est de 0,8 g/mL et que le coefficient de diffusion est de 0,6 L/kg pour la femme[7], on a un taux d’alcool dans le sang, et donc dans le lait de :

(100mL*12%*0,8g/mL) / (60kg*60%) = 0,27 g d’alcool pur par litre de lait maternel, soit 0,027%, ce qui est moins qu’une boisson considérée sans alcool à 0,05%.

Si l’enfant consomme 150 mL de lait maternel avec 0.27g d’alcool pur par litre de lait maternel (exemple ci dessus), qu’il pèse 4kg, et qu’on estime qu’il a une composition hydrique totale du corps de 70%[8], le taux d’alcoolémie de l’enfant sera de :

(0.15L*0,27g par L) / (4kg*70%) = 0,014 g d’alcool par litre de sang (par comparaison le retrait de permis en France pour un jeune conducteur est de 0.2g par litre de sang).

A prendre en compte !

Mais dire c’est ok, je peux boire tous les jours, car mon lait est moins alcoolisé qu’une bière sans alcool ne tient pas car…

Les nouveau-nés métabolisent l’alcool environ deux fois moins vite que les adultes, car ils ont une fonction hépatique limitée. Ainsi, même une petite quantité d’alcool peut fatiguer leur foie. Donc dans notre exemple, les 0.014g d’alcool par litre de sang seront 2 fois moins vite métabolisés.

Le volume sanguin d’un d’un nouveau-né est environ 20 fois moindre que le volume sanguin d’un adulte.

Le volume sanguin d’un nouveau-né à terme est d’environ 85 ml/kg, donc si on suppose un poids moyen de 3.5kg, on obtient un volume sanguin de 298 ml.  Le volume sanguin d’un adulte correspond environ à 1/12ème du poids corporel total (par ex. pour un adulte de 70 kg cela équivaut à 5-6 litres de sang).

Sachant que le volume sanguin d’un nouveau-né prématuré est d’environ 100 ml/kg, on comprend pourquoi il faut encore plus faire attention avec l’alcool si vous allaitez un prématuré.

Et enfin, l’enfant boit en soit beaucoup plus de lait qu’un verre en quantité (en moyenne, il consomme 750mL de lait de 1 à 6 mois et cette quantité varie peu jusqu’à ses 12 mois).

Le Journal Américain de Pédiatrie recommande que l’ingestion de boissons alcoolisées soit réduite au minimum et limitée à une consommation occasionnelle, mais pas plus de 0,5 g d’alcool par kg de poids corporel, ce qui, pour une mère de 60 kg, correspond à environ 6 cL de liqueur, 24 cL de vin ou 2 bières[9].

Effets de l’alcool sur le nourrisson allaité

Réduction de la quantité de lait bu

Plusieurs études ont montré que les enfants allaités par des femmes ayant consommé de l’alcool avant l’allaitement ingéraient environ 20 % de lait en moins au cours des 4 premières heures suivant la consommation d’alcool par la mère que dans le cas où la mère ne consomme pas d’alcool[10].

Cette réduction de la consommation de lait chez les enfants n’est pas due à une aversion pour le goût du lait, mais devrait probablement être attribuée à la réduction du rendement laitier après la consommation d’alcool[11].

Par ailleurs, l’alcool ingéré par les nourrissons peut favoriser un risque d’hypoglycémie[12].

Impacts sur le sommeil de bébé

De légers changements dans les habitudes de sommeil des enfants ont été signalés. En fonction des études, les impacts diffèrent.

Soit la quantité totale de sommeil est inchangée après la consommation de lait contenant de l’alcool, mais le sommeil est divisé en intervalles plus nombreux, mais plus courts. Par ailleurs, la quantité de sommeil actif était réduite pendant les 3.5 premières heures, puis augmentée pendant les 20.5 heures suivantes[13].

Le sommeil des enfants est ainsi en moyenne 25 % plus court après l’ingestion de lait contenant de l’alcool mais la durée total de sommeil sur 24h est inchangé[14].

Des effets sur le développement psychomoteur du bébé

Une association entre la consommation d’alcool pendant l’allaitement et la diminution du développement psychomoteur a été montrée. Une étude a comparé des femmes consommant au moins quotidiennement deux boissons alcoolisées standards par rapport à des femmes n’en consommant pas.

Les enfants des femmes ayant la consommation d’alcool la plus élevée ont obtenu des résultats significativement plus bas sur une échelle de développement psychomoteur par rapport aux autres enfants. Il n’y avait pas de différence entre les enfants en ce qui concerne le développement mental[15].

Dans les résultats d’une étude, l’exposition à l’alcool par le biais du lait maternel a été associée à des traits de développement multiples et négatifs chez les enfants à l’âge de 7 ans, qui conduisent à un diagnostic d’ensemble des troubles causés par l’alcoolisation. Ces résultats arrivent à la conclusion selon laquelle les femmes qui allaitent leurs enfants devraient éviter de boire de l’alcool pendant la période d’allaitement, surtout en grandes quantités sur de courtes périodes (binge drinking), et surtout si l’enfant a déjà été exposé à l’alcool pendant la période prénatale[16].

Éliminer l’alcool plus vite?

Comme l’élimination de l’alcool suit une cinétique d’ordre zéro (c’est-à-dire que la vitesse d’élimination est constante et ce indépendamment de la concentration en alcool), le fait de boire de l’eau, de se reposer ou de  » pomper et jeter  » du lait maternel n’accélère pas l’élimination[17].

Contrairement à l’urine, qui stocke les substances dans la vessie, l’alcool n’est pas piégé dans le lait maternel, mais est constamment éliminé lorsqu’il se diffuse à nouveau dans la circulation sanguine. Ainsi, la quantité d’alcool présente dans le lait diminuera au fur et à mesure qu’elle diminue dans le sang maternel. La seule façon d’éliminer l’alcool dans son sang, et donc dans son lait, est d’attendre.

Il est généralement conseillé d’attendre entre 2 et 3h avant de donner son lait pour être sur que l’alcool soit complètement sorti de l’organisme[18].

Pour s’assurer de l’élimination complète de l’alcool du lait maternel, les mères peuvent consulter un nomogramme conçu par le programme canadien Motherisk qui permet de déterminer la durée nécessaire en fonction du poids de la mère et de la quantité consommée[19].

Vous pouvez également calculer vous même le temps d’élimination en reprenant le calcul ci-dessus vous permettant d’estimer votre taux d’alcool sanguin et en le divisant par 0,15 (en se basant sur un taux moyen d’élimination de l’alcool de 15 mg/dL/h).

Par exemple, au taux maternel de 0,27 g/L, il faudrait environ 0,27/0,15 = 1,8h (soit 1h48min) pour éliminer l’alcool de votre sang et donc de votre lait.

Vous pouvez également utiliser dans bandelettes de type Milkscreen, qui permettent de déterminer si votre lait contient de l’alcool ou non.

Conclusion

Bien que la consommation occasionnelle d’alcool pendant l’allaitement n’ait pas été associée à des dommages manifestes pour les nourrissons, la possibilité d’effets indésirables n’a pas été exclue.

Par ailleurs, l’alcool a avant tout des effets sur vous, votre vigilance peut être diminué et vous pouvez avoir de moins bons réflexes, dans ce cas il est déconseillé de faire du cododo[20].

Toutefois, une prise occasionnelle d’un verre d’alcool ne semble pas dangereuse pour votre bébé tant que vous allaitez avant l’ingestion d’alcool ou que vous attendez le temps nécessaire pour que celui-ci soit éliminé de votre organisme. Vous pouvez également tirer votre lait avant si vous le souhaitez.

Merci à Julie Longy, consultante en lactation IBCLC, pour sa relecture !

 

SOURCES :

[1] Boron, Walter F., et Emile L. Boulpaep. 2012. Medical Physiology, 2e Updated Edition E-Book: With STUDENT CONSULT Online Access. Elsevier Health Sciences.

[2] Mennella, J. A. 1998. « Short-Term Effects of Maternal Alcohol Consumption on Lactational Performance ». Alcoholism, Clinical and Experimental Research 22 (7): 1389‑92.

[3] Haastrup, Maija Bruun, Anton Pottegård, et Per Damkier. 2014. « Alcohol and Breastfeeding ». Basic & Clinical Pharmacology & Toxicology 114 (2): 168‑73.

[4] Kesäniemi, Y. A. 1974. « Ethanol and Acetaldehyde in the Milk and Peripheral Blood of Lactating Women after Ethanol Administration ». The Journal of Obstetrics and Gynaecology of the British Commonwealth 81 (1): 84‑86.

[5] Mennella, J. A., et G. K. Beauchamp. 1991. « The Transfer of Alcohol to Human Milk. Effects on Flavor and the Infant’s Behavior ». The New England Journal of Medicine 325 (14): 981‑85.

[6] Haastrup, Maija Bruun, Anton Pottegård, et Per Damkier. 2014. « Alcohol and Breastfeeding ». Basic & Clinical Pharmacology & Toxicology 114 (2): 168‑73.

[7] « Calcul du taux d’alcool dans le sang ». https://www.permis-de-exploitation.com/

[8] Kearns, Gregory L., Susan M. Abdel-Rahman, Sarah W. Alander, Douglas L. Blowey, J. Steven Leeder, et Ralph E. Kauffman. 2009. « Developmental Pharmacology — Drug Disposition, Action, and Therapy in Infants and Children ». Review-article. Http://Dx.Doi.Org/10.1056/NEJMra035092. Massachusetts Medical Society. World. 7 octobre 2009.

[9] Breastfeeding, Section On. 2012. « Breastfeeding and the Use of Human Milk ». Pediatrics 129 (3): e827‑41.

[10] Mennella, Julie A., et Gary K. Beauchamp. 1993. « Beer, Breast Feeding, and Folklore ». Developmental psychobiology 26 (8): 459‑66.

[11] Mennella, J. A. 1997. « Infants’ Suckling Responses to the Flavor of Alcohol in Mothers’ Milk ». Alcoholism, Clinical and Experimental Research 21 (4): 581‑85.

[12] Lamminpää, Anne. 1995. « Alcohol intoxication in childhood and adolescence ». Alcohol and Alcoholism 30 (1): 5‑12.

[13] Mennella, Julie A., et Pamela L. Garcia-Gomez. 2001. « Sleep disturbances after acute exposure to alcohol in mothers’ milk ». Alcohol (Fayetteville, N.Y.) 25 (3): 153‑58.

[14] Mennella, J. A., et C. J. Gerrish. 1998. « Effects of Exposure to Alcohol in Mother’s Milk on Infant Sleep ». Pediatrics 101 (5): E2.

[15] Little, R. E., K. W. Anderson, C. H. Ervin, B. Worthington-Roberts, et S. K. Clarren. 1989. « Maternal Alcohol Use during Breast-Feeding and Infant Mental and Motor Development at One Year ». The New England Journal of Medicine 321 (7): 425‑30.

[16] May, Philip A., Julie M. Hasken, Jason Blankenship, Anna-Susan Marais, Belinda Joubert, Marise Cloete, Marlene M. de Vries, et al. 2016. « BREASTFEEDING AND MATERNAL ALCOHOL USE: PREVALENCE AND EFFECTS ON CHILD OUTCOMES AND FETAL ALCOHOL SPECTRUM DISORDERS ». Reproductive toxicology (Elmsford, N.Y.) 63 (août): 13‑21.

[17] Koren, Gideon. 2002. « Drinking alcohol while breastfeeding. Will it harm my baby? » Canadian Family Physician 48 (janvier): 39‑41.

[18] Ho, E., A. Collantes, B. M. Kapur, M. Moretti, et G. Koren. 2001. « Alcohol and Breast Feeding: Calculation of Time to Zero Level in Milk ». Biology of the Neonate 80 (3): 219‑22.

[19] Koren, Gideon. 2002. « Drinking alcohol while breastfeeding. Will it harm my baby? » Canadian Family Physician 48 (janvier): 39‑41.

[20] « Drinking Alcohol and Breastfeeding ». La Leche League International.