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17.12.2021

Jolly Mama

Boire et manger pendant l’accouchement : est-ce possible ?

Accouchementnutrition

Boire et manger pendant l’accouchement ne vous sera pas forcément recommandé, pourtant pour des grossesses à bas risque les études montrent que c’est sans danger et pourrait même être bénéfique.

Quelles sont les recommandations officielles sur manger et boire pendant l’accouchement ?

SOCIÉTÉ FRANÇAISE D’ANESTHÉSIE ET DE RÉANIMATION

En 2006, la Société française d’anesthésie et de réanimation remet elle aussi en question le jeûne pendant le travail en affirmant dans ses recommandations pour la pratique clinique que “la femme en travail bénéficiant d’une analgésie péri médullaire peut être autorisée à absorber des liquides non particulaires (accord de grade B) sauf en cas de diabète, d’obésité morbide ou de césarienne”[1].

Exemples de liquides clairs non particulaires : eau, jus de fruit sans pulpe, boissons gazéifiées, thé clair, café noir, boissons pour sportifs, etc.

AMERICAN SOCIETY OF ANESTHESIOLOGISTS

En 2007, l’American Society of Anesthesiologists énonce que l’apport oral d’une quantité modeste de liquide clair peut être autorisé pour les patientes en travail sans complication. Le risque est plus augmenté par la présence de particules solides dans le liquide ingéré que par le volume absorbé[2]. En 2016, ils stipulent que: « les aliments solides doivent être évités au cours du travail »[3].

HAUTE AUTORITÉ DE SANTÉ

En 2017, la Haute Autorité de Santé indique que : “La consommation de liquides clairs (eau, thé sans lait / café noir sucrés ou non, boissons gazeuses ou non, jus de fruit sans pulpe) est autorisée pendant toute la durée du travail (y compris pendant le post-partum immédiat), sans limitation de volume, chez les patientes ayant un faible risque d’anesthésie générale (grade B : présomption scientifique fondée sur des niveaux de preuves intermédiaires)”[4].

Cependant, pour ce qui est de manger, ils indiquent que : “La consommation d’aliments solides ne semble pas apporter de bénéfice maternel ou foetal, et contribue à augmenter le contenu gastrique. Il est recommandé de ne pas consommer d’aliments solides pendant la phase active. Les données actuelles sont insuffisantes pour émettre une recommandation pendant la phase de latence.”

RECOMMANDATION EUROPÉENNES

Les recommandations européennes de 2011 sont les suivantes : les femmes en travail peuvent boire des liquides clairs (eau, jus de fruit sans pulpe, thé ou café sans lait) à volonté (niveau de preuve 1++, recommandation grade  A). Les auteurs précisent néanmoins dans leur argumentaire que la consommation de liquides clairs doit rester limitée à de petits volumes en cas de grossesse à haut risque.

Concernant les apports alimentaires solides, ceux-ci sont à décourager pendant le travail (niveau de preuve 1+, recommandation de grade A), notamment en cas de grossesse à haut risque. Néanmoins, les patientes à bas risque pourraient être autorisées à consommer de petites quantités d’aliments solides tels que des biscuits ou biscottes pendant le travail.

D’où vient le fait de jeûner pendant le travail ?

Le syndrome de Mendelson

Le risque derrière la pratique du jeûne est la pneumopathie d’inhalation (inhalation bronchique), autrement appelé le syndrome de Mendelson. C’est un événement rare qui peut arriver en cas d’anesthésie générale lors d’une césarienne. Il correspond au risque d’inhalation bronchique du contenu gastrique, notamment pendant l’anesthésie générale, qui peut entraîner une inflammation pulmonaire ou un décès[5].

Quand on se fait opérer sous anesthésie générale, on demande de jeûner avant pour cette raison.

La plupart des césariennes sont désormais réalisées sous anesthésie péridurale ou locorégionale, le risque étant alors nettement inférieur parce que la femme est réveillée et que le réflexe de toux reste intact. Une sonde respiratoire, qui empêche le passage des aliments, est normalement placée dans la trachée lors de l’anesthésie générale pour essayer d’éviter ce problème. Toutefois, l’inhalation peut quand même se produire avant l’insertion de la sonde et au moment de son retrait[6].

Le pourcentage d’utilisation de l’anesthésie générale a ainsi décliné. Une étude sur 257 000 accouchements a montré que l’anesthésie générale pour une césarienne avait été réalisée pour 5.6% des femmes[7].

Quels sont les risques réels de nos jours ?

Dans une large étude sur 45 millions de naissances aux Etats Unis entre les années 1979 et 1990, les chercheurs ont analysé 129 décès maternels causés par des effets reliés à l’anesthésie. Parmi elles, 67 femmes sont décédées de complications de l’anesthésie générale, et pour 33 d’entre elles cela était dû à des problèmes d’aspiration[8].

Le risque apparaît donc comme très faible.

Au Royaume Uni, les femmes sont encouragées à boire et à manger si elles le souhaitent durant le travail. Le projet d’audit national a pu mettre en évidence 23 cas d’aspiration du contenu gastrique sur 2 872 600, soit environ 1 cas pour 120 000 femmes[9].

En pratique, est-ce possible de manger et boire pendant l’accouchement ?

OUI

Si l’accouchement est sans risque et qu’il est très peu probable d’avoir besoin d’une anesthésie générale pendant le travail, il est a priori possible de manger et de boire pendant le travail.

Les études montrent qu’il est très rare d’avoir des complications suite au fait de manger et de boire pendant le travail. Des chercheurs ont pu combiner 10 études regroupant près de 4000 femmes enceintes à bas risque et les ont étudiées en à 2 groupes : 1 groupe très restrictif sur le fait de manger pendant l’accouchement et 1 groupe moins restrictif[10]. Les femmes qui accouchaient sans restrictions sur le fait de boire et de manger pendant le travail avaient un travail significativement plus court, et ce de 16 minutes. Ils n’ont observé aucune autre différence en termes de césarienne, de score APGAR du bébé (évaluation de la vitalité d’un nouveau-né reposant sur une observation empirique au moment de la naissance), du fait de vomir ou de toute autre complication.

Une autre analyse publiée en 2010, portant sur cinq études (plus de 3000 femmes à bas risque obstétrical et à faible risque de recours à une anesthésie générale) comparant un jeûne strict vs une alimentation et boisson libres (une étude), de l’eau vs une alimentation et boisson (deux études), et de l’eau vs des boissons sucrées (deux études) n’a rapporté aucune différence portant sur les taux de césariennes, d’extraction instrumentale et sur les scores Apgar, selon que l’alimentation était autorisée ou restreinte pendant le travail. Ils ont conclu que puisque les preuves ne montrent aucun avantage ou inconvénient, rien ne justifie la restriction des liquides et des aliments pendant le travail pour les femmes présentant un faible risque de complications[11].

Une étude a étudié l’impact de manger et boire pendant le travail. 328 femmes ont été réparties aléatoirement soit dans le groupe d’intervention (qu’on avait encouragées à boire et manger comme elles le voulaient pendant le travail) ou dans le groupe témoin (limitées à des glaçons ou de l’eau pendant le travail). L’incidence de la dystocie (stagnation de la dilatation) était de 36% dans le groupe d’intervention et de 44% dans le groupe de soins habituels, ce qui n’est pas significativement différent. Par ailleurs, il n’y avait pas de différences significatives dans l’incidence des complications maternelles ou néonatales[12].

Y a-t-il un impact du fait de ne pas manger pendant le travail ?

Le jeûne pendant l’accouchement semble avoir des effets métaboliques négatifs, entraînant un stress inutile et la production de cétones[13].

Le jeûne complet peut être stressant pour l’organisme: augmentation des hormones comme le cortisol (hormone du stress) et l’adrénaline.

Accoucher demandant autant d’énergie que courir un marathon ! La demande en oxygène augmente de 40 % pendant la phase de dilatation et de 75 % durant les efforts expulsifs.

Le métabolisme des femmes forcées de jeûner risque de puiser de l’énergie dans les graisses si le travail se prolonge (phénomène de cétose), augmentant l’acidité du sang de la mère comme de l’enfant (augmentation des lactates). Les lactates peuvent être transférés au fœtus ce qui l’expose à une acidose[14].

Le fait de ne pas boire ralentit la vidange gastrique et augmente l’acidité !

DANS QUEL CAS FAUT-IL VRAIMENT JEÛNER ?

Si j’ai un facteur de risque qui peut augmenter le risque d’inhalation du contenu gastrique (Par exemple : éclampsie, la pré-éclampsie, obésité, et l’utilisation d’opioïdes par voie intraveineuses comme la morphine pour soulager la douleur) ou si j’ai un risque accru de césarienne pendant le travail[15].

Boire ou manger pendant l’accouchement, est-ce pareil ?

Dans une étude randomisée, les auteurs ont évalué l’impact d’un repas léger sur le volume gastrique résiduel en comparaison de femmes ne prenant que de l’eau[16]. Le volume gastrique était mesuré dans l’heure qui suit l’accouchement. Ce volume était significativement plus important dans le groupe autorisé à manger par rapport au groupe ne buvant que de l’eau. Dans le groupe repas léger, les vomissements étaient significativement plus importants avec une fréquence multipliée par deux, un volume trois fois plus important et la présence de débris alimentaires non digérés. Toutefois, aucun cas d’inhalation n’a été rapporté et le fait de manger a prévenu la cétose.

Les boissons isotoniques, dont il a été démontré qu’elles sont rapidement vidées de l’estomac et absorbées par le tractus gastro-intestinal, peuvent constituer une stratégie nutritionnelle alternative pendant le travail. L’étude précédente a montré que la consommation de 925 mL de boisson isotonique pendant le travail, en comparaison avec 478 mL d’eau, n’avait pas d’impact sur l’incidence et le volume des vomissements pendant le travail et une heure après. Dans ce travail, le sur-risque potentiel de syndrome d’inhalation n’a pas été retrouvé.

S’hydrater est toujours bénéfique : l’ingestion de liquides clairs accélère la vidange gastrique et diminue l’acidité gastrique, améliore le confort, limite le stress généré par la privation de boire[17] et n’augmente pas le risque de vomissement.

Conclusion

La pratique du jeûne pendant l’accouchement est désuète et ne devrait plus avoir lieu de nos jours. Les études montrent que manger est sans danger, bien que certaines observent une augmentation du risque de vomissement, sans toutefois augmenter le risque d’inhalation bronchique.

 

Quant au fait de boire, cela apparaît non seulement comme sans danger mais également comme bénéfique !

SOURCES

[1]  Société française d’anesthésie et de réanimation. Les blocs périmédullaires chez l’adulte. Recommandations pour la pratique clinique ; 2006.

[2] The American Society of Anesthesiologists. Practice guidelines of obstetric anesthesia. Anesthesiology 2007;106: 848—63.

[3] Bouvet, Lionel, et Hawa Keita. « ALIMENTATION ET BOISSONS PENDANT LE TRAVAIL : EST-CE POSSIBLE ? », 2017.

[4] HAS. « Accouchement normal accompagnement : de la physiologie et interventions médicales », décembre 2017.

[5] Faitot, Valentina, et Hawa Keïta-Meyer. « Apports liquidiens et alimentaires pendant le travail ». MAPAR, 2008, 10.

[6] Paranjothy, Shantini, James D. Griffiths, Hannah K. Broughton, Gillian ML Gyte, Heather C. Brown, et Jane Thomas. « Interventions at Caesarean Section for Reducing the Risk of Aspiration Pneumonitis ». Cochrane Database of Systematic Reviews, no 2 (2014).

[7] D’Angelo, Robert, Richard M. Smiley, Edward T. Riley, et Scott Segal. « Serious Complications Related to Obstetric Anesthesia: The Serious Complication Repository Project of the Society for Obstetric Anesthesia and Perinatology ». Anesthesiology 120, no 6 (juin 2014): 1505‑12.

[8] Hawkins, Joy L., Lisa M. Koonin, Susan K. Palmer, et Charles P. Gibbs. « Anesthesia-related Deaths during Obstetric Delivery in the United States, 1979–1990 ». Anesthesiology 86, no 2 (1 février 1997): 277‑84.

[9] Cook, T. M., N. Woodall, et C. Frerk. « Major Complications of Airway Management in the UK: Results of the Fourth National Audit Project of the Royal College of Anaesthetists and the Difficult Airway Society. Part 1: Anaesthesia† ». British Journal of Anaesthesia 106, no 5 (1 mai 2011): 617‑31.

[10] Ciardulli, Andrea, Gabriele Saccone, Hannah Anastasio, et Vincenzo Berghella. « Less-Restrictive Food Intake During Labor in Low-Risk Singleton Pregnancies: A Systematic Review and Meta-Analysis ». Obstetrics and Gynecology 129, no 3 (mars 2017): 473‑80.

[11] Singata, Mandisa, Joan Tranmer, et Gillian ML Gyte. « Restricting oral fluid and food intake during labour ». The Cochrane database of systematic reviews, no 1 (20 janvier 2010): CD003930.

[12] Tranmer, Joan E., Ellen D. Hodnett, Mary E. Hannah, et Bonnie J. Stevens. « The Effect of Unrestricted Oral Carbohydrate Intake on Labor Progress ». Journal of Obstetric, Gynecologic, and Neonatal Nursing: JOGNN 34, no 3 (juin 2005): 319‑28.

[13] The Anesthesiology annual meeting, American Society of Anesthesiologists. « A Review of Fasting and the Risk of Aspiration in Labour ».

[14] Bouvet, Lionel, et Hawa Keita. « ALIMENTATION ET BOISSONS PENDANT LE TRAVAIL : EST-CE POSSIBLE ? », 2017.

[15] The Anesthesiology annual meeting, American Society of Anesthesiologists. « A Review of Fasting and the Risk of Aspiration in Labour ».

[16] Scrutton, M. J., G. A. Metcalfe, C. Lowy, P. T. Seed, et G. O’Sullivan. « Eating in Labour. A Randomised Controlled Trial Assessing the Risks and Benefits ». Anaesthesia 54, no 4 (avril 1999): 329‑34.

[17] Kozlowski, B., D. Gallot, D. Poumeyrol, et M. -C. Leymarie. « L’hydratation orale pendant le travail d’accouchement. État des lieux des pratiques des sages-femmes dans les maternités d’Auvergne ». La Revue Sage-Femme 11, no 1 (1 février 2012): 9‑15.