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17.12.2021

Jolly Mama

Décollement des membranes : qu’en est-il réellement ?

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Le décollement des membranes est généralement fait lorsqu’il n’y a pas de raison médicale urgente.

Qu’est-ce que le décollement des membranes ?

Au cours d’un cet examen pelvien, le praticien peut « balayer les membranes », c’est-à-dire utiliser ses doigts pour séparer la poche d’eau amniotique de la paroi utérine. Cela peut alors déclencher la libération de médiateurs chimiques, les prostaglandines, qui assouplissent le col de l’utérus et préparent au travai,l et également irriter le col de l’utérus provoquant ainsi sa contraction[1].

La concentration plasmatique de prostaglandines, à la suite du décollement des membranes, a été retrouvée à un taux équivalent à 10 % de celui constaté au cours du travail[2].

Il n’est pas garanti que le décollement des membranes déclenchera le travail ou les contractions. Le décollement des membranes est souvent proposé comme première option pour faire démarrer le travail naturellement avant de fixer une date de déclenchement.

Pour en savoir plus sur le déclenchement du travail, allez voit notre article sur le sujet. 

Quelle est l’efficacité du décollement des membranes dans le déclenchement du travail ?

Les études ne sont pas forcément fiables

Dans une revue de 44 études, ils ont étudié l’effet du décollement des membranes sur le déclenchement du travail[3]. 14 études ont indiqué que si le col de l’utérus était fermé, elles procédaient à un massage cervical au lieu d’un décollement de la membrane. Ainsi, dans ces 14 études, le « décollement de la membrane » pouvait en fait être soit un massage cervical, soit un décollement.

Pour la plupart, les auteurs ont jugé que les études qu’ils ont incluses présentaient un risque de biais faible ou peu clair.

Cependant, en général, le risque de biais de performance était élevé, car les 44 études n’ont pas procédé à un masquage de l’étude, autrement appelé étude en aveugle.

Le masquage signifie que les cliniciens et les chercheurs ne savent pas qui reçoit quel traitement, soit le traitement réel, soit l’absence de traitement, soit le placebo. Lorsque le masquage n’est pas utilisé, comme c’est le cas dans toutes ces études, cela peut entraîner un biais, c’est-à-dire que les cliniciens peuvent être enclins à donner de meilleurs soins au groupe de traitement dans l’espoir qu’il se révèle efficace.

Par exemple, si un prestataire savait qu’une personne faisait partie du groupe de traitement pour le décollement des membranes, il pourrait retarder la programmation d’un déclenchement formel dans l’espoir que la personne du groupe de traitement entre en travail spontanément par elle-même.

Les résultats sont controversés

17 des 40 études[4] ont examiné les effets du décollement des la membrane sur le déclenchement spontané du travail. Les données combinées de ces essais montrent que les femmes enceintes qui ont été assignées au décollement de la membrane, ou au massage cervical si le col de l’utérus était fermé, avaient en moyenne 1.2 fois plus de chances de voir le travail se déclencher de lui-même plutôt qu’avec un déclenchement formel.

16 études ont indiqué si les patientes avaient besoin ou non d’un déclenchement du travail. Elles ont constaté que les personnes du groupe de décollement des membranes étaient moins susceptibles d’avoir un déclenchement,  en moyenne une diminution de 27% d’avoir recours à un déclenchement du travail par la suite. La grossesse à terme étant la raison la plus courante de déclenchement, le décollement de la membrane pourrait potentiellement réduire les déclenchements pour cause de grossesse à terme.

Cependant, les auteurs ont déclaré que ces résultats devaient être interprétés avec prudence, car les preuves sont peu sûres.

Toutefois, un essai randomisé de 350 femmes ayant un col défavorable (score de Bishop ≤4) à 39 semaines, les a réparties en trois groupes : contrôle, balayage membranaire une fois par semaine, et balayage membranaire deux fois par semaine. Ils ont montré que la fréquence du décollement des membranes n’influence pas la probabilité de ne pas accoucher à 41 semaines de grossesse et ne diminuait pas le risque d’avoir recours à un déclenchement du travail par la suite[5].

Le massage cervical, une meilleure alternative ?

On dispose de moins de données pour savoir si le décollement de la membrane ou le massage cervical peut contribuer à la maturation ou à l’assouplissement du col de l’utérus. Dans le cadre d’un essai randomisé, 165 participantes ayant un faible score de Bishop, c’est-à-dire un col de l’utérus non mûr à 41 semaines et quatre jours de grossesse, ont été assignées au hasard à un décollement de la membrane, à un massage cervical uniquement ou à aucun traitement[6].

Seule une participante assignée au décollement de la membrane n’a pas pu terminer la procédure en raison d’un col de l’utérus fermé. Les groupes de massage cervical et de décollement des membranes ont tous deux été liés à une augmentation significative du score moyen de Bishop 48 heures après le traitement par rapport au groupe de contrôle. Il s’agit d’une preuve que le massage cervical peut être une alternative efficace au décollement des membranes et qu’il pourrait être proposé aux femmes enceintes dont le col de l’utérus est fermé.

Existe-t-il des risques suite au décollement des membranes ?

Lorsque les examinateurs de la revue se sont penchés sur d’autres résultats, ils n’ont trouvé aucune différence entre les groupes en ce qui concerne le taux de césariennes, l’utilisation de forceps ou de ventouses pour faciliter l’accouchement, ou les maladies graves ou le décès des mères ou des bébés.

Risque de rupture prématurée des membranes

Il est possible que le décollement des membranes, mais pas le massage cervical, augmente le risque de rupture des membranes avant le travail. La rupture prématurée des membranes est la libération du liquide amniotique entourant le fœtus à tout moment avant le début du travail. Le travail débute souvent peu après la rupture des membranes, mais s’il ne commence pas dans les 6 à 12 heures, il y a un risque important d’infection de la maman et de son bébé.

Dans un essai randomisé sur 300 femmes, le risque de rupture des membranes était de 9 % dans le groupe ayant subi un décollement des membranes, contre 0 % dans le groupe n’ayant reçu aucun traitement, pour les femmes dont le col de l’utérus est dilaté de plus de 1 cm au moment du décollement des membranes[7].

Une autre étude similaire, randomisée et sur près de 300 femmes, a montré que le décollement des membranes augmentait significativement le risque de rupture prématurée des membranes (38% de rupture suite au décollement contre 26% en l’absence d’intervention)[8].

Douleurs et saignements

La douleur pendant l’examen vaginal et d’autres effets secondaires sont plus fréquemment signalés par les femmes ayant un décollement des membranes[9].

Une étude randomisée sur plus de 700 femmes[10], qui ont soit eu un décollement des membranes soit aucune intervention, a montré que ce décollement multipliait par 6 les saignements vaginaux !

Ils ont également étudié la douleur associée à cette pratique, et ont montré que 31 % des femmes ont dit que ce n’était pas douloureux, 51 % ont dit que c’était quelque peu douloureux, et 17 % ont dit que c’était douloureux ou très douloureux.

Conclusion

Parfois, cette intervention est pratiquée de manière routinière lors d’un examen vaginal sans qu’il y ait eu de discussion sur le consentement éclairé. Cette pratique doit être réalisée si et seulement si vous l’acceptez, et ne doit pas être une pratique faite sans vous prévenir.

Son efficacité pour déclencher le travail est controversée, certaines études montrent un léger effet tandis que d’autres ne montrent pas d’effet.

Des personnes ont signalé avoir ressenti des douleurs ou un inconfort lors de l’intervention. Vous pouvez également avoir des saignements après l’intervention.

Le décollement des membranes, mais pas le massage cervical, peut augmenter le risque de rupture prématurée des membranes avant le travail.

SOURCES

[1] The Journal of Clinical Gynecology and Obstetrics.

[2] Clémentine DINOCHAU. “Déclenchement artificiel du travail, le décollement des membranes à terme”. 2012.

[3] Finucane, Elaine M., Deirdre J. Murphy, Linda M. Biesty, Gillian ML Gyte, Amanda M. Cotter, Ethel M. Ryan, Michel Boulvain, et Declan Devane. « Membrane Sweeping for Induction of Labour ». Cochrane Database of Systematic Reviews, no 2 (2020).

[4] Finucane, Elaine M., Deirdre J. Murphy, Linda M. Biesty, Gillian ML Gyte, Amanda M. Cotter, Ethel M. Ryan, Michel Boulvain, et Declan Devane. « Membrane Sweeping for Induction of Labour ». Cochrane Database of Systematic Reviews, no 2 (2020).

[5] Putnam, Kathleen, Everett F Magann, Dorota A Doherty, Aaron T Poole, Marcia I Magann, William B Warner, et Suneet P Chauhan. « Randomized clinical trial evaluating the frequency of membrane sweeping with an unfavorable cervix at 39 weeks ». International Journal of Women’s Health 3 (19 août 2011): 287‑94.

[6] Yaddehige, S. S., H. D. Kalansooriya, et M. F. M. Rameez. « Comparison of Cervical Massage with Membrane Sweeping for Pre-Induction Cervical Ripening at Term; a Randomized Controlled Trial ». Sri Lanka Journal of Obstetrics and Gynaecology 41, no 3 (24 octobre 2019): 66‑74.

[7] Hill, Micah J., Grant D. McWilliams, Denise Garcia-Sur, Bruce Chen, Michelle Munroe, et Nathan J. Hoeldtke. « The Effect of Membrane Sweeping on Prelabor Rupture of Membranes: A Randomized Controlled Trial ». Obstetrics and Gynecology 111, no 6 (juin 2008): 1313‑19.

[8] Goldenberg, M., M. Dulitzky, B. Feldman, M. Zolti, et D. Bider. « Stretching of the Cervix and Stripping of the Membranes at Term: A Randomised Controlled Study ». European Journal of Obstetrics, Gynecology, and Reproductive Biology 66, no 2 (juin 1996): 129‑32.

[9] Putnam, Kathleen, Everett F Magann, Dorota A Doherty, Aaron T Poole, Marcia I Magann, William B Warner, et Suneet P Chauhan. « Randomized clinical trial evaluating the frequency of membrane sweeping with an unfavorable cervix at 39 weeks ». International Journal of Women’s Health 3 (19 août 2011): 287‑94.

[10] De Miranda, E, Jg Van Der Bom, Gj Bonsel, Op Bleker, et Fr Rosendaal. « Membrane Sweeping and Prevention of Post-Term Pregnancy in Low-Risk Pregnancies: A Randomised Controlled Trial ». BJOG: An International Journal of Obstetrics & Gynaecology 113, no 4 (2006): 402‑8.