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27.01.2021

par Jolly Mama

Le Réflexe d’éjection dysphorique ou quand allaiter rend triste…

allaitementocytocineREDtristresse

La plupart du temps, les hormones de l’allaitement ont un effet positif, calmant, apaisant sur les femmes. Lorsqu'on allaite, nous recevons une shoot d'hormones, notamment de prolactine et l'ocytocine, l’hormone de “l’amour”. Mais que se passe-t-il quand ces hormones se retournent contre les mères ?

C’est un phénomène que les chercheurs appellent le Réflexe d’éjection dysphorique (RED).

Les hormones de l’allaitement : protéger et materner

Quand on allaite, on assiste à une libération de la dopamine, favorisée par la prolactine et /ou l’ocytocine (l’hormone de “l’amour”, laquelle peut aussi agir directement sur les récepteurs cérébraux et qui a un effet anxiolytique à des concentrations et sédatif [1].

Les hormones de l’allaitement sont biologiquement conçues pour non seulement nous pousser à allaiter, à produire suffisamment de lait pour notre bébé, mais également à rendre cette expérience “agréable”.

L’ocytocine est une hormone du” maternage” : quand elle est relâchée, elle favorise les interactions entre la mère et son bébé, et va prodiguer un effet calmant, avec une baisse de la fréquence cardiaque et de la pression sanguine.

Des chercheurs ont pu mettre en évidence un lien entre les niveaux d’ocytocine et le degré d’attachement entre mère et enfant [2].

Elle aide les mamans à protéger leur enfant, et peut également déclencher des réactions d’agression et de fuite quand la maman sent que son bébé est en danger, comme un réflexe de suivi en cas d’attaque [3].

Le Réflexe d’éjection dysphorique : qu’est ce que c’est ?

Le Réflexe d’éjection dysphorique (RED) est un phénomène encore peu connu, mais pourtant bien réel.

Les femmes qui le connaissent éprouvent, juste après le réflexe d’éjection, un afflux d’émotions négatives, un sentiment de dépression, des bouffées d’angoisse.

C’est quelque chose de très “hormonal” et incontrôlable.

Le Réflexe d’éjection dysphorique : quels sont les symptômes ?

Les symptômes peuvent s’échelonner de légers à très sévères selon les femmes.

La plupart des femmes qui sont touchées par le RED rapportent les sensations suivantes [4] :

–        Des montées d’angoisse, qui arrivent en “vague”
–        Un noeud dans le ventre, l’impression d’avoir l’estomac “noué”
–        Une envie de “fuir”
–        Une sensation de désespoir ou une grande tristesse
–        L’impression de vertiges
–        Une sensation de panique

Les symptômes sont variables selon les femmes, et toutes n’éprouvent pas ces mêmes sensations en même temps, de la même façon.

Certaines femmes parlent également plus rarement :

–        D’une montée de colère
–        De paranoia
–        De pensées suicidaires ou de sentiment d’hostilité

Le Réflexe d’éjection dysphorique : Quand se produit-il ?

Le RED se produit juste avant le réflexe d’éjection, dans les premières minutes de la tétée

Il peut se produire dès que le réflexe d’éjection est stimulé : au sein, avec un tire son lait, ou même de façon spontanée entre deux tétés ou deux tirages

Il peut également  se produire plusieurs fois au cours d’une même tétée ou d’un même tirage, rendant l’allaitement pas très agréable. Cela dit, la plupart du temps, ces sensations négatives ne sont présentes que les 10 premières minutes après le début de la mise au sein.

Certaines femmes vont avoir des symptômes pendant quelques tétés, d’autres durant plusieurs jours ou semaines, voire durant toute la durée de leur allaitement.

A ne pas confondre avec une dépression du post partum

Beaucoup de femmes avec un RED sévère sont diagnostiquées comme ayant une dépression du postpartum, même s’il n’en est rien. Néanmoins, le RED peut coexister avec une anxiété ou une dépression du postpartum [5].

Si ces sensations ne sont présentes uniquement durant les tétées, il y a de fortes chances pour que vous souffriez de RED.

A ne pas confondre avec une hypersensibilité au niveau des mamelons

Ce qui distingue le RED d’une hypersensibilité au niveau des mamelons est son caractère concomitant avec le réflexe d’éjection. Avec le RED, il n’est pas nécessaire d’avoir un contact avec les mamelons.

Certains appellent cette hypersensibilité le “sad nipple syndrome” (le syndrome du mamelon triste).

On ne sait pas si ces deux dysphories sont liées entre elles, mais elles partagent bon nombre de symptômes [6].

Le Réflexe d’éjection dysphorique : quelles sont les causes ?

Un mauvais câblage de “l’ocytocine” ?

Certains chercheurs pensent que le RED serait lié à un dysfonctionnement de l’ocytocine. Il surviendrait quand les “chemins” de cette dernière seraient “mal câblés”.

Pourquoi pas l’ocytocine et non la prolactine ?

Pour rappel, l’ocytocine provoque l’éjection du lait, et la prolactine est responsable de la production du lait (c’est très schématique, mais vous avez l’idée).

Le lait est éjecté presque immédiatement après le début de la tétée avec la succion, et est libéré en petite pulsion pour approximativement 10 minutes. L’Ocytocine contracte les cellules myoepithelial de la glandes mammaires et le lait est éjecté.

La prolactine, en revanche, est libérée graduellement, et environ 10 à 20 minutes après le début de la tétée. Les chercheurs pensent donc que c’est l’ocytocine qui serait responsable dans le RED et non la prolactine, car les symptômes apparaissent après le réflexe d’éjection.

Une hypothèse serait que le relâchement d’ocytocine déclencherait par “erreur” un mécanisme de réaction de défense, au lieu des réponses positives qui se produit normalement (apaisement, sentiment de bien-être).

Cette réaction de défense, de “combat-fuite” est “normale” : nous sommes toutes programmées pour cela, mais elle ne devrait être uniquement déclenchée en cas de vrai danger. [7]

Des troubles de la dopamine ?

Une autre hypothèse dans l’apparition du RED serait un trouble de la dopamine.

La dopamine est une hormone qui est relâchée dans la région de la récompense du cerveau. Elle nous apporte une sensation de bien-être.

Lors du réflexe d’éjection, on voit l’ocytocine augmenter rapidement, alors que le taux de dopamine chute. La dopamine inhibe la prolactine, et donc avec la baisse de la dopamine, la prolactine augmente[8].

Chez certaines mères, la chute de la dopamine serait anormale, et provoquerait alors une sensation de mal-être.

Mais à l’heure actuelle, il semble que l’hypothèse la plus probable du RED serait un mauvais “cablage” dans les circuits de l’ocytocine.

Quels sont les facteurs d’apparition du RED ?

Une exposition passée à un stress important

A l’heure actuelle, les chercheurs ne savent pas pourquoi certaines femmes sont touchées et pas d’autres.

Une hypothèse serait que les femmes ayant vécu une expérience antérieure de stress intense (trauma) seraient plus susceptibles d’être concernées par le réflexe d’éjection dysphorique [9].

Une des pistes serait notamment l’exposition à un stress durant la grossesse ou l’accouchement, qui déclencherait une réponse de “danger-fuite” conduisant ensuite à un réflexe d’éjection dysphorique [10].

Le rôle possible de l’ocytocine de synthèse

Les chercheurs pointent également le rôle possible de l’exposition à l’ocytocine de synthèse durant l’accouchement, qui au contraire de l’ocytocine naturelle, peut augmenter les niveaux de stress et l’apparition d’un trouble du postpartum [11].

Le rôle de la péridurale est également discuté, car elle peut bloquer l’action de l’ocytocine naturelle [12].

Que faire si c’est mon cas ?

Parfois ce phénomène s’arrêtera seul, parfois il faudra attendre le sevrage.

Savoir qu’on y est pour rien

Une des choses qui aident beaucoup les mamans confrontées au RED est de savoir qu’elles ne sont pas “folles”, et qu’elles ne sont pas seules.

Et que surtout, ce phénomène n’est pas dangereux, et que cela ne signifie ni qu’elles n’aiment pas leur enfant, ni qu’elles font un rejet de l’allaitement.

Suivre un traitement

Les chercheurs qui privilégient la piste de la dopamine conseillent de prendre certaines plantes comme le gattilier, les fèves ou le mucuna pruriens (pios mascate)*, qui augmenteraient le taux de dopamine ou de lévodopa (ensuite convertie en dopamine dans le cerveau)[13].

Il existe également un traitement médicamenteux, le bupropion, qui augmente le taux de dopamine*.

Cependant, ce médicament n’a pas été testé avec des études double aveugle, et donc il est impossible d’écarter un effet placebo, qui selon la chercheuse Kerstin Uvnäs Moberg, pourrait être au alentours de 30%[ 14].

A noter que les médicaments antagonistes de la dopamine (dont la dompéridone, utilisée pour augmenter la lactation) pourraient aggraver le RED [15]*.

*Attention à ne pas vous auto-complémenter ou à utiliser des plantes sans un conseil de médecin ou pharmacien. Ces conseils ne se substituent pas à l’avis d’un médecin ou à un traitement médical en cours.

“Reprogrammer les voies de l’ocytocine”

L’idée pour la chercheuse Kerstin Uvnäs Moberg, spécialiste de l’ocytocine, est d’aider à reprogrammer les circuits de cette dernière, en augmentant le sentiment de sécurité chez les mamans, et en stimulant sa production par le contact peau à peau, par des massages…bref, par un sentiment de bien-être !

Se sentir en sécurité

Si c’est bien l’ocytocine qui est en jeu, il est important de se sentir en sécurité quand on allaite, de se sentir bien entourée, réconfortée. Avoir une personne, notamment les premiers jours qui veille sur nous, nous apporte à manger, prend soin de nous est essentiel pour se sentir en sécurité.

Le but est d’éteindre cette réaction négative de “stress” pour “reprogrammer les circuits”.

Pourrait-on également imaginer que si nous sommes entourées dès le départ, nous serions moins à risque de développer un réflexe d’éjection dysphorique ? Ce n’est pas quelque chose que nous avons vu apparaître dans les recherches, mais cela mérite réflexion.

Abuser du peau à peau

Le peau à peau est un moyen simple d’augmenter l’ocytocine et de réguler, à la fois chez maman et bébé, le stress.

Chez le bébé, un peau à peau tout de suite après la naissance permet de diminuer les niveaux de cortisol et de baisser la fréquence cardiaque, d’augmenter la température corporelle, ce qui a aussi une incidence sur le stress.

Chez les mères, on constate également une baisse du cortisol, plus de calme, et davantage d’interactions avec leur nouveau-né [16].

S’entourer de chaleur et confort

Être bien installée, au chaud, avec une couverture douillette, un coussin chaud sur les épaules, ou encore un environnement propre et rangé pourrait également aider les mères.

Méditer

Si on connaît un RED, la méditation peut aider à calmer les symptômes associés. L’idée est se concentrer lors de la tétée sur sa respiration, et ne pas trop “penser”.

Dès qu’on surprend notre esprit à vagabonder, on le remarque, et on se reconcentre à nouveau sur sa respiration. Cela peut nous aider à nous recentrer sur l’instant présent et chasser les pensées négatives qui peuvent nous submerger.

Pour vous aider dans cet exercice, vous pouvez télécharger une application comme Headspace qui vous permettra de faire de la méditation guidée.

D’autres techniques pourraient également marcher, comme l’acupuncture, les massages… bref, c’est aussi l’occasion de prendre soin de soi !

Prendre soin de son alimentation

Un chercheur a également suggéré le rôle de la nutrition sur la gestion du RED : il recommande de veiller à consommer suffisamment de protéines et de bon gras pour maintenir le taux de sucre dans le sang.

En effet chez certaines femmes, l’allaitement peut provoquer une forte augmentation du taux d’insuline (stimulé par l’ocytocine), mais cette réaction peut être modulée en diminuant les sucres et en augmentant son apport en gras et protéines [17].

Lâcher prise

Enfin, simplement apprendre à lâcher prise sur sa lactation peut aider : tant pis pour le tirage de lait supplémentaire pour les réserves !

En ne voulant pas tirer plus que nécessaire (d’ailleurs pas besoin de tirer son lait les premières semaines, on laisse sa lactation se mettre en route toute seule), on peut ainsi diminuer les symptômes.

En conclusion

On connaît encore peu les mécanismes derrière le réflexe d’éjection dysphorique.

Parfois, le RED est si intense que le sevrage semble la seule option, quand on se sent dépassé par ce sentiment d’angoisse et de tristesse, sans en comprendre la cause.

Il existe de multiples façons de le réduire, voire de le faire disparaître, notamment en prenant soin de soi et en pratiquant le peau à peau, qui peuvent d’ailleurs aider chacune d’entre nous à mieux vivre notre postpartum et allaitement, RED ou pas.

Retrouvez également notre article sur le Milk blues ou la dépression post sevrage. On connaît aussi peu ce phénomène, pourtant tout à fait naturel, qui accompagne le sevrage et la chute des hormones de l’allaitement.

 

SOURCES :

[1] Uvnäs-Moberg K, Eriksson M. Breastfeeding: physiological, endocrine and behavioural adaptations caused by oxytocin and local neurogenic activity in the nipple and mammary gland. Acta Paediatr 1996;85(5):525-30.

[2] Strathearn, L., Mamun, A. A., Najman, J. M., & O’Callaghan, M. J. (2009). Does breastfeeding protect against substantiated child abuse and neglect? A 15-year cohort study. Pediatrics, 123(2), 483–493. http://dx.doi.org/10.1542/peds. 2007-3546

[3] Uvnas-Moberg, K. (2015). Oxytocin: The biological guide to motherhood. Amarillo, TX: Praeclarus Press.

[4] The Mystery of D-MER: What Can Hormonal Research Tell Us About Dysphoric Milk-Ejection Reflex? Clinical Lactation, Uvnas-Moberg, Kerstin, Kendall-Tackett, Kathleen

[5] Idem 4

[6] Before The Letdown: Dysphoric Milk Ejection Reflex and the Breastfeeding Mother Paperback – December 6, 2017, Alia Macrina Heise, via la Leche League France

[7] Idem 4

[8] Réflexe d’éjection dysphorique et autres dysphories liées à l’allaitement, Leche league France

[9] Idem 4

[10] Hillerer, K. M., Reber, S. O., Neumann, I. D., & Slattery, D. A. (2011). Exposure to chronic pregnancy stress reverses peripartum-associated adaptations: Implications for postpartum anxiety and mood disorders. Endocrinology, 152

[11] Kroll-Desrosiers, A. R., Nephew, B. C., Babb, J. A., Guilarte-Walker, Y., Moore Simas, T. A., & Deligiannidis, K. M. (2017). Association of peripartum synthetic oxytocin administration and depressive and anxiety disorders within the first postpartum year. Depression and Anxiety, 34(2), 137–146. http://dx.doi.org/10.1002/da.22599

[12] Kendall-Tackett, K., Cong, Z., & Hale, T. W. (2015). Birth interventions related to lower rates of exclusive breastfeeding and increased risk of postpartum depression in a large sample. Clinical Lactation, 6(3), 87–97. http://dx.doi.org/10.1891/2158- 0782.6.3.87

[13] Réflexe d’éjection dysphorique et autres dysphories liées à l’allaitement, Leche league France

[14] Idem 4

[15] Réflexe d’éjection dysphorique et autres dysphories liées à l’allaitement, Leche league France

[16] Bigelow, A., Power, M., MacLellan-Peters, J., Alex, M., & McDonald, C. (2012). Effect of mother/infant skin-to-skin contact on postpartum depressive symptoms and maternal physiological stress. Journal of Obstetric, Gynecologic & Neonatal Nursing, 41(3), 369–382

[17] Wilson-Clay, B., & Hoover, K. (2017). Breastfeeding atlas (6th ed.). Manchaca, TX: LactNews Press.