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21.12.2021

Jolly Mama

Perfusion pendant le travail : quels sont les effets ?

Accouchementperfusion

La perfusion pendant le travail de liquides par voie intraveineuse pour maintenir l’hydratation est courante.

En effet, certains hôpitaux interdisent de boire et manger pendant le travail.

Quelles sont les différentes perfusions pendant le travail ?

De nombreux patients hospitalisés reçoivent une thérapie liquidienne en intraveineuse pour maintenir une hydratation adéquate lorsque l’ingestion de liquides est limitée. Les trois solutions intraveineuses les plus courantes pour les personnes en travail sont : le sérum physiologique, le lactate de Ringer et les solutions de dextrose.

Le sérum physiologique et le lactate de Ringer sont des solutions isotoniques. Elles permettent à l’eau de circuler librement au niveau cellulaire, sans provoquer de gonflement ou de rétrécissement des cellules.

Le dextrose (sucre) dans l’eau est une autre solution isotonique, mais qui fournit des calories que le corps peut utiliser comme énergie. Au fur et à mesure que le sucre est utilisé, la solution devient hypotonique et attire l’eau dans les cellules. Les solutions de dextrose sont couramment mélangées à du sérum physiologique ou à du lactate de Ringer. En effet, le dextrose seul provoque une baisse trop importante du taux de sodium (sel) dans le sang des mères et des bébés[1].

Perfusion pendant le travail ou boire de l’eau ?

Dans un essai sur 293 femmes en travail, elles ont été réparties au hasard dans l’un des trois groupes suivants :

liquides oraux seuls (eau ordinaire et eau de coco).

liquides oraux plus liquides intraveineux de lactate de Ringer à 125 ml/h

ou liquides oraux plus liquides intraveineux à 250 ml/h[2].

Toutefois, les personnes perfusées n’ont pratiquement pas bu de liquide en plus.

Aucune différence n’a été constatée entre les groupes en ce qui concerne la durée du travail, le taux de césariennes ou toute autre complication. Il n’y a pas eu de cas de surcharge liquidienne dans les poumons, également appelée œdème pulmonaire.

Le risque de vomissement était plus faible avec une plus grande quantité de liquides intraveineux (6 % de vomissement dans le groupe de 250 ml, 11 % dans le groupe de 125 ml et 24 % dans le groupe de liquides oraux).

Dans une deuxième étude similaire, où les femmes buvaient que des liquides ou étaient perfusées et pouvaient boire des liquides (on a observé qu’elles en avaient bu autant que celles non perfusées)[3], ils ont constaté que la première et la deuxième phase du travail étaient plus longues chez les personnes qui n’avaient pas reçu de liquide intraveineux. De plus, l’augmentation d’ocytocine en intraveineuse était plus fréquente dans le groupe n’ayant pas reçu de liquide intraveineux. Il n’y a pas eu de différence significative pour les vomissements entre les différents groupes car ils ont consommé la même quantité de liquide.

En combinant les résultats de ces 2 études, on observe en moyenne un raccourcissement de 30 minutes de la durée du travail pour les femmes ayant été perfusées et ayant bu des liquides[4]. Cela suggère qu’une déshydratation légère pourrait contribuer à des accouchements légèrement plus longs.

La quantité de liquide perfusé a-t-elle un impact ?

Une revue a combiné 3 études afin d’étudier l’impact de la quantité de liquide perfusé[5].

Les chercheurs ont constaté des accouchements plus courts de 24 minutes chez les personnes recevant des liquides intraveineux à 250 ml/h et buvant librement que chez celles recevant des liquides intraveineux à 125 ml/h et buvant librement.

Ils n’ont constaté aucune différence en ce qui concerne les césariennes ou tout autre résultat mesuré.

Il s’agit d’une preuve supplémentaire que les personnes sans liquide intraveineux ou recevant des liquides à un débit inférieur à 250 mL/h peuvent bénéficier d’un encouragement actif à boire suffisamment de liquides pour une hydratation adéquate ou faire face à une légère augmentation de la durée du travail.

Une étude montre même que l’administration à 250 ml/h au lieu de 125 ml/h permettrait de diminuer le risque de césarienne de 30%, et le risque de dystocie (stagnation du travail) de 40%[6]. Toutefois, cette étude n’a pas regardé la quantité d’eau bue en plus de la perfusion, donc ces résultats sont à interpréter avec prudence.

La surcharge liquidienne suite à la perfusion pendant le travail

La surcharge du volume de liquide, également appelée hypervolémie, peut se produire lorsqu’il y a trop de liquide dans le sang. En cas d’hypervolémie, l’excès de liquide peut s’accumuler dans les poumons et d’autres tissus, et le cœur doit travailler plus fort pour pomper le liquide supplémentaire dans le corps[7].

La surcharge liquidienne est plus probable avec les liquides intraveineux qu’avec les liquides oraux, car le liquide passe directement dans la circulation sanguine, au lieu de passer d’abord par l’estomac et les intestins, ce qui annule la capacité d’un organisme sain à maintenir l’équilibre liquidien.

La surcharge est moins susceptible de se produire chez les jeunes dont les reins sont en bonne santé et peuvent traiter les liquides de la perfusion supplémentaires en les éliminant par l’urine, et dont le cœur est en bonne santé et peut facilement pomper le volume sanguin supplémentaire[8].

Quel impact de la perfusion pendant le travail sur l’allaitement ?

Perte de poids du nouveau-né

La surcharge liquidienne peut provoquer un gonflement douloureux chez la mère et un excès de liquide chez le nouveau-né à la naissance, ce qui peut entraîner des complications au niveau de l’allaitement lorsque le poids du nouveau-né à la naissance est artificiellement gonflé.

Les nouveau-nés sont souvent pesés dans les minutes qui suivent la naissance, et cette mesure devient la référence pour évaluer la perte de poids au cours des premiers jours de vie. La perte de poids des nouveau-nés au cours des 48 premières heures de vie est le résultat d’un facteur physiologique. A la naissance, il va devoir perdre l’excès d’eau par ses urines et le méconium. Cette perte de poids est normale et est en moyenne comprise entre 6 et 8%[9].

Une perte de poids excessive ou une prise de poids insuffisante peuvent être des indications d’une faible production de lait ou d’un transfert de lait insuffisant.

Une perte de poids dépendante de la quantité de liquide perfusé

En 2012, un essai randomisé a examiné l’effet des liquides intraveineux sur la perte de poids des nouveau-nés[10]. La moitié du groupe d’étude (100 personnes) en a reçu près de 1500 mL (moins de 100 ml/h) et les autres environ 2500 mL (plus de 125 ml/h). La perte de poids excessive était définie comme étant supérieur à 7% entre le poids de naissance et celui à 48h.

Ils ont constaté une perte de poids plus importante chez les nourrissons nés de femmes ayant reçu plus de 2 500 ml de liquides intraveineux. Ils ont également constaté un volume plus élevé de liquides intraveineux chez les mères des nourrissons qui avaient perdu plus de 10 % de leur poids.

Une autre étude sur près de 450 femmes ayant accouché[11] a montré que parmi les nouveau-nés allaités, 19% d’entre eux ont eu une perte de poids de plus de 10% du poids de naissance à l’âge de 3 jours. Les deux seuls éléments permettant de prédire indépendamment une perte de poids excessive chez les nouveau-nés étaient l’augmentation des liquides intraveineux administrés à la mère pendant le travail et le retard de la production de lait. Si les mères ont reçu plus de 200 ml/h de liquides pendant le travail, leurs bébés étaient 3.2 fois plus susceptibles de subir une perte de poids excessive au bout de trois jours que les mères ayant reçu moins de 100 ml/h de liquides.

Des chercheurs suggèrent d’utiliser le poids sur 24 heures – et non le poids de naissance – comme référence pour suivre le poids du nourrisson au fil du temps[12]. Cela donne au nouveau-né le temps d’uriner l’excès de poids des liquides intraveineux et de se rapprocher de ce qui aurait été son poids réel à la naissance.

Risque d’arrêt de l’allaitement

Dans l’étude précédente[13], plus de la moitié (58%) des nourrissons de cette étude (dont les parents avaient l’intention d’allaiter) ont reçu du lait infantile. Les raisons de cette supplémentation étaient une perte de poids excessive et la crainte d’un retard dans la production de lait mature.

D’autres chercheurs ont montré que les rapports de perte de poids excessive déclenchent l’anxiété des nouvelles mamans quant à leur approvisionnement en lait, ce qui est ensuite associé à l’arrêt de l’allaitement. Ils observent plus de 50% de risque d’arrêter l’allaitement avant 6 mois[14]. De plus, le fait de donner du lait infantile à l’hôpital permet de prédire de manière indépendante une durée plus courte d’allaitement exclusif après la sortie de l’hôpital[15].

Dans une autre étude, des chercheurs canadiens ont observé que 87 % des femmes avaient commencé à allaiter, mais que 21 % d’entre elles avaient arrêté au bout d’un mois. Lorsqu’on les interrogeait sur le sevrage précoce, les femmes qui allaitaient citaient fréquemment des seins et des mamelons douloureux[16]. Les chercheurs ont constaté que les femmes qui avaient reçu davantage de liquides intraveineux pendant le travail ont signalé une plus grande sensibilité des seins après l’accouchement et présentaient une plus grande fermeté des seins lorsqu’ils étaient palpés. Cependant, l’échantillon de cette étude était de petite taille donc les résultats sont à interpréter avec prudence.

Conclusion

Les études montrent qu’une bonne hydratation est importante pendant le travail, notamment pour diminuer sa durée, et qu’il faut boire de l’eau même si l’on est sous perfusion.

L’excès de liquide en perfusion pendant le travail peut générer une surcharge liquidienne chez la maman et son nouveau-né, générant une perte de poids à la naissance pour ce dernier.

De grandes quantités de liquides intraveineux pendant le travail peuvent potentiellement nuire à l’allaitement car cette perte de poids peut générer de l’anxiété pour la maman allaitante mais également entraîner un gonflement douloureux des seins chez la maman en post-partum. Donc il faut en être consciente et ne pas regarder le poids de naissance comme la référence, mais plutôt le poids sur 24h, et ce d’autant plus si l’on a reçu une perfusion !

Sources

[1] Stratton, J. F., J. Stronge, et P. C. Boylan. « Hyponatraemia and Non-Electrolyte Solutions in Labouring Primigravida ». European Journal of Obstetrics, Gynecology, and Reproductive Biology 59, no 2 (avril 1995): 149‑51.

[2] Kavitha, A., K. P. Chacko, Elsy Thomas, Swati Rathore, Solomon Christoper, Bivas Biswas, et Jiji Elizabeth Mathews. « A Randomized Controlled Trial to Study the Effect of IV Hydration on the Duration of Labor in Nulliparous Women ». Archives of Gynecology and Obstetrics 285, no 2 (février 2012): 343‑46.

[3] Direkvand-Moghadam, Ashraf, et Mohsen Rezaeian. « Increased Intravenous Hydration of Nulliparas in Labor ». International Journal of Gynaecology and Obstetrics: The Official Organ of the International Federation of Gynaecology and Obstetrics 118, no 3 (septembre 2012): 213‑15.

[4] Dawood, Feroza, Therese Dowswell, et Siobhan Quenby. « Intravenous Fluids for Reducing the Duration of Labour in Low Risk Nulliparous Women ». Cochrane Database of Systematic Reviews, no 6 (2013).

[5] Dawood, Feroza, Therese Dowswell, et Siobhan Quenby. « Intravenous Fluids for Reducing the Duration of Labour in Low Risk Nulliparous Women ». Cochrane Database of Systematic Reviews, no 6 (2013).

[6] Ehsanipoor, Robert M., Gabriele Saccone, Neil S. Seligman, Rebecca A.M. Pierce-Williams, Andrea Ciardulli, et Vincenzo Berghella. « Intravenous Fluid Rate for Reduction of Cesarean Delivery Rate in Nulliparous Women: A Systematic Review and Meta-Analysis ». Acta Obstetricia et Gynecologica Scandinavica 96, no 7 (2017): 804‑11.

[7] Carvalho, J. C., et R. S. Mathias. « Intravenous Hydration in Obstetrics ». International Anesthesiology Clinics 32, no 2 (1994): 103‑15.

[8] Floss, K. and M. Borthwick (2008). “Intravenous fluid therapy—background and principles.” Pharmaceutical Journal.

[9] Noel-Weiss, Joy, Genevieve Courant, et A Kirsten Woodend. « Physiological weight loss in the breastfed neonate: a systematic review ». Open Medicine 2, no 4 (28 octobre 2008): e99‑110.

[10] Watson, Jo, Ellen Hodnett, B. Anthony Armson, Barbara Davies, et Judy Watt-Watson. « A Randomized Controlled Trial of the Effect of Intrapartum Intravenous Fluid Management on Breastfed Newborn Weight Loss ». Journal of Obstetric, Gynecologic, and Neonatal Nursing: JOGNN 41, no 1 (janvier 2012): 24‑32.

[11] Chantry, Caroline J., Laurie A. Nommsen-Rivers, Janet M. Peerson, Roberta J. Cohen, et Kathryn G. Dewey. « Excess Weight Loss in First-Born Breastfed Newborns Relates to Maternal Intrapartum Fluid Balance ». Pediatrics 127, no 1 (janvier 2011): e171-179.

[12] Noel-Weiss, Joy, A Kirsten Woodend, Wendy E Peterson, William Gibb, et Dianne L Groll. « An observational study of associations among maternal fluids during parturition, neonatal output, and breastfed newborn weight loss ». International Breastfeeding Journal 6 (15 août 2011): 9.

[13] Chantry, Caroline J., Laurie A. Nommsen-Rivers, Janet M. Peerson, Roberta J. Cohen, et Kathryn G. Dewey. « Excess Weight Loss in First-Born Breastfed Newborns Relates to Maternal Intrapartum Fluid Balance ». Pediatrics 127, no 1 (janvier 2011): e171-179.

[14] Flaherman, Valerie J., Jessica S. Beiler, Michael D. Cabana, et Ian M. Paul. « Relationship of Newborn Weight Loss to Milk Supply Concern and Anxiety: The Impact on Breastfeeding Duration ». Maternal & Child Nutrition 12, no 3 (juillet 2016): 463‑72.

[15] Semenic, Sonia, Carmen Loiselle, et Laurie Gottlieb. « Predictors of the Duration of Exclusive Breastfeeding among First-Time Mothers ». Research in Nursing & Health 31, no 5 (octobre 2008): 428‑41.

[16] Kujawa-Myles, Sonya, Joy Noel-Weiss, Sandra Dunn, Wendy E. Peterson, et Kermaline Jean Cotterman. « Maternal intravenous fluids and postpartum breast changes: a pilot observational study ». International Breastfeeding Journal 10, no 1 (2 juin 2015): 18.